45 Route de Fontaine

                                                           28500 Saulnières

 

Monsieur Marc Cabane                                                          le 18 Août, 2004

Préfet

Préfecture d’Eure et Loir

Place de la République

28000 Chartres

 

Monsieur le Préfet,

 

Je vous adresse ce courrier un peu comme on jette une bouteille à la mer, sans grand espoir, mais avec une certain rage de vaincre.

J’habite une maisonnette a proximité de Saulnières en Eure et Loir, en bordure d’une rivière de première catégorié  ou se côtoient truites, ombres, un sandre occasionnel. En face, quelques vaches et des légions  de poules d’eau.

De ma fenêtre je vois également les suites de la dernière carrière en date, maintenant un plan d’eau, mais pendant de nombreuses années source de bruit et de poussière.

 

Car, Monsieur  le Préfet, pour la troisième fois depuis que j’habite  Saulnières (environ  35 ans) le  même propriétaire menace avec les mêmes carrières.

Au delà de mon ras le bol, je constate, encore une fois, à quel point les mots d’aujourd’hui manquent de sens: on « communique » sans conviction.

Sinon, quoi dire d’ expressions couramment utilisées par les pouvoirs publics et les média  comme  « protection de la nature » «  conservation de la nappe phréatique » « sauvegarde des eaux » «  qualité de vie » « protection de la population contre la pollution » ? Des prêts-à-porter du langage  contres lesquelles les mots concrets, tels que « impératifs économiques »  « convergences d’intérêts »  «  complicité locale » « besoins de construction «  ont le beau rôle. Des touffes de nuages   contre des tours de   béton.

 

Vous êtes appelé à statuer sur le projet  de carrière du Montoir Rouge à Saulnières proposé par GSM, filiale de Italcementi,  60 usines et 155 carrières. Présence en Amérique du Nord, Asie et Afrique. Mondialisme oblige. Et vous allez sans doute entériner le projet . Pourquoi ?

 

Venons-en aux mots :

Les touffes de nuages  de la belle brochure de GSM :

« protection de la nature » -  carrière d’un profondeur de 30 mètres , avec lavage dans la nappe phréatique  Remblais (140 000 tons par an) sans contrôle de qualité.

« sauvegarde des eaux »  - lavage du silex dans la Blaise, rivière de première catégorie ;

« protection de la population contre la pollution » - durée de la carrière 25 ans, 80 mètres du village, avec rotation de 60camions sur de petites routes  sinueuses toute la journée.

« qualité de vie »  Saulnières, contrairement à ce que l’on pourrait penser, est un village


 

atteint par le chômage, susceptible à des leurres d’emploi , suite à la fermeture d’une fonderie. GSM, en échange d’une dévalorisation de leurs maisons et de leur santé pour ne pas parler du bruit (estimé à celui du périphérique parisien et sans garantie aucune de sa limitation)  propose  15 000 euros par an ( ! ! !) pour l’utilisation du chemin communal.

 

Puis les mots musclés :

« Impératifs économiques » - oui, il faut du silex, argument de sirène qui vous attire, mais la région  est grande et relativement vide ; alors pourquoi 48 hectares de carrière à 80 mètres d’un village ;

« convergence d’intérêts » - le mairie de Saulnières  a un certain nombre de liens avec le propriétaire des terrains.

« complicité locale »  idem

« démocratie «  que dire d’un commissaire enquêteur qui donne un avis favorable alors qu’il y avait deux fois plus d’avis négatifs dans la population que positifs et que la plupart des villages des alentours sont défavorables au projet.

 

Vous, Monsieur le Préfet, n’habitez sans doute pas  - et n’habiterez jamais - un village doté d’une carrière de 40 hectares . Donc mon courrier ne vous touche pas. Du sentimentalisme hors sujet . Mais à chaque démarche semblable imposée contre la volonté majoritaire de la population, le mot  « démocratie » se vide un peu plus de son sens.

 

Salutations cordiales,

 

Suzanne Sevray

 

 

PS Site :  www.non-a-la-carriere-de-saulnieres-28.info